Trésor du mois : initiales bolonaises à grotesques
Le 14/09/2018 à 12h56 par Marc-Édouard Gautier
Résumé

Un manuscrit du Code de Justinien peint à Bologne dans le dernier quart du XIIIe s. retient l'attention par la richesse de près de 200 lettrines qui entremêlent grotesque et réalisme.

Codex Justinianus [Code de Justinien]

Bologne, vers 1275-1300

Angers, bibliothèque municipale, ms. 339

 

Le développement de l’enseignement du droit dans les écoles de la cathédrale et des abbayes d’Angers à partir des années 1230 explique que la bibliothèque municipale conserve plusieurs grands manuscrits juridiques. Certains de ces exemplaires ont été réalisés dans des ateliers angevins. Cependant, la plupart viennent d’autres foyers de production, comme le manuscrit 339 (entièrement numérisé sur Commulysse), copié et peint à la fin du XIIIe siècle à Bologne qui est alors le plus grand centre d’enseignement du droit en Europe.

Ce volume rassemble les neuf premiers livres du Code de Justinien, œuvre en latin achevée en 534 sur ordre de l’empereur byzantin Justinien, qui compile et met en ordre les constitutions ou lois faites par les empereurs romains. Droit ecclésiastique, procédure judiciaire, droits privé et pénal y figurent. Le texte du Code est copié en grand module au centre de la page. Il est encadré de commentaires ou gloses d’Accurse, l’un des plus grands professeurs de droit de l’université de Bologne au milieu du XIIIe siècle.

 

200 lettrines caricaturales

Près de 200 lettrines I, initiale du mot Imperator qui ouvre chaque loi, et leurs longues antennes offrent au peintre l’occasion de déployer toute sa verve moqueuse. Plus d’une fois le juriste coiffé d’une toque, l’homme d’arme, le médecin, le clerc tonsuré ou mitré, reçoivent pattes d’âne, tête d’oiseau, de bovin ou de crocodile, silhouette d'espadon ou de sirène, composant toute sorte de caricatures hybrides.

 

Une remarquable collection de realia

Les attributs et objets portés par ces personnages sont en revanche pleins de réalisme. Une femme manie quenouille et fuseau. Un personnage portant des patins ou semelles hautes se retrouve les fers en l'air. Une grande variété de verres émaillés, de gobelets à pastilles et de coupes, aux décors variés et raffinés ont attiré l’attention l’an dernier et justifié le prêt de ce manuscrit au Musée national du Moyen Âge lors de l’exposition Le Verre, un Moyen Âge inventif. Des verres précieux à filets bleus, tels qu’il s’en produit à l’époque en Italie et en France du Sud font peut-être écho aux armoiries palées ou fascées d’azur et d’argent qui reviennent le plus souvent parmi celles qu’arborent les différents personnages peints. Ces armes encore non identifiées se rapportent sans doute au commanditaire ou premier possesseur du manuscrit avant que celui-ci n’arrive au plus tard au XIVe siècle à l’abbaye Saint-Aubin d’Angers.

 

Trésor du mois de septembre 2018

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