Trésor du mois : le cartulaire-rouleau de l’abbaye du Ronceray
Le 09/11/2019 à 10h01 par Susana Pereira Tavares
Résumé

Découvrez le cartulaire-rouleau de l’abbaye du Ronceray d’Angers : un manuscrit du Moyen Âge surprenant !

La Bibliothèque municipale d’Angers conserve un étonnant manuscrit médiéval connu sous le nom de Cartulaire du Ronceray. Il s’agit d’une série de six rouleaux de parchemin datant de la fin du XIIe siècle et provenant de l’abbaye Notre-Dame du Ronceray à Angers, fondée par le comte d’Anjou Foulques Nerra en 1028.

 

Le rouleau est une forme ancienne du livre. C’est un ensemble de peaux de parchemin ou de feuilles de papier cousues ou collées bout à bout. Dans l’Antiquité, les livres étaient en rouleau de papyrus ou de parchemin et se déroulaient horizontalement (volumen). Au Moyen Âge, la forme habituelle du livre est celle du codex, un ensemble de cahiers cousus et reliés ensemble. Cependant, pour certains usages, on recommence à confectionner des rouleaux à déroulement vertical (rotulus) : pour écrire des textes liturgiques, pour recevoir des condoléances (rouleaux des morts), pour établir toutes sortes de listes ou d’inventaires (listes de biens, de revenus, d’hommes, d’objets, de livres, de chartes) ou pour enseigner l'histoire sous forme de généalogies.

 

Détails d'un début de rouleau avec sa couvrure de cuir marron (Rés. Ms. 0844) et de la couture entre deux pages de parchemin (Rés. Ms. 0848B)

 

En France, à partir du milieu du XIe siècle, les monastères soignent de plus en plus leurs archives car elles leur sont utiles pour défendre leurs biens. Les moines composent alors des recueils dans lesquels ils copient les actes pouvant avoir une valeur de titre de propriété. Ce sont ce que les historiens appellent les cartulaires. Le plus souvent, les moines préfèrent la forme du codex pour composer leur cartulaire mais, il arrive, particulièrement entre le milieu du XIe et le début du XIIIe siècle, qu’ils choisissent la forme en rouleau.

 

C’est le cas de cet impressionnant cartulaire-rouleau rédigé pour l’abbaye de Ronceray par des scribes dont l’identité reste encore inconnue. L’abbaye de moniales Notre-Dame du Ronceray d’Angers se singularise par le choix du rouleau. Ces six rouleaux se présentent tous sous la même facture : d’une longueur moyenne de près de six mètres, sur vingt-neuf centimètres de large, ils sont formés de six à huit peaux de parchemin, écrites recto-verso, assemblées par une couture faite grâce à une languette de parchemin. Chacun des rouleaux est protégé par une couverture en cuir marron et est enroulé autour d’un ombilic (nom donné à la tige en bois), dont les pommeaux présentent toujours un décor de couleur rouge et or, auquel est fixée par un anneau métallique une poignée en cuir. Ces six rouleaux constituent un bon exemple des techniques de fabrication des rouleaux au Moyen Âge.

 

Un des rouleaux déroulé, commençant par une table (Rés. M. 0846)

 

Au Moyen Âge, les rouleaux sont réalisés avec du parchemin, de la peau animale (du mouton le plus souvent, mais aussi parfois des caprins ou des bovins) qui reçoit un traitement spécial. Le parchemin a deux faces : la face chair et la face fleur ou poil, qui est le plus souvent utilisée pour le verso du rouleau qui apparaît couvrante lorsque le rouleau est refermé. Les peaux de parchemin sont cousues à l’aide d’une languette de parchemin passant dans une série d’incisions portées sur les deux peaux que l’on veut assembler. On utilise aussi parfois différents types de fils (en chanvre, en lin, en soie ou en crin) pour coudre les peaux ; ce type d’assemblage fini par s’imposer, d’autant plus, qu’à partir du XIVe siècle, apparaissent des rouleaux en papier.

 

Chaque rouleau du Ronceray commence par une table permettant de trouver le signalement du contenu des cent chartes en latin copiées et chapitrées dans le corps du rouleau. Un bref résumé, appelé « rubrique », est écrit à l’encre rouge au-dessus de chaque acte copié pour en connaître le contenu juridique. La façon dont le Cartulaire du Ronceray a pu être consulté demeure néanmoins assez mystérieuse. Le déroulement complet d’un rouleau, qui nécessite une très grande table, celle d’un réfectoire par exemple, pourrait en faciliter la lecture.

Parmi les cartulaires-rouleaux du XIIe siècle connus pour la France, le Cartulaire du Ronceray est le plus grand et le plus élaboré. Beaucoup des cartulaires-rouleaux rédigés à cette époque sont des rouleaux de bien plus petite taille (de deux ou trois peaux) consacrés à un petit dossier de chartes ou à un prieuré (dépendance d’une abbaye). L’étude de ce cartulaire-rouleau exceptionnel n’en est qu’à ses prémisses, elle réserve encore de belles découvertes.

 

Élodie Papin

Ingénieure d'études, CRULH Université de Lorraine

Projet ANR JCJC Rotulus

 

 

Deux journées d'études seront consacrées à l'étude des cartulaires-rouleaux à Angers : le 14 novembre à la Médiathèque Toussaint et le 15 aux Archives départementales de Maine-et-Loire. En partenariat avec le projet ANR ROTULUS du CRULH (Université de Lorraine).

Découvrez le programme.

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