"On n'écrit pas pour faire beau. On écrit pour respirer" : hommage à Antoine Émaz
Le 12/03/2019 à 16h58 par Marc-Édouard Gautier
Résumé

Antoine Émaz « considéré comme l’un des poètes français les plus importants de sa génération » (revue Europe, 2015, n° 1031) est décédé le 3 mars 2019, au début du Printemps des poètes. Il venait de donner à la bibliothèque municipale d’Angers l’ensemble de ses brouillons, de sa correspondance littéraire et une partie de ses carnets de notes manuscrits.

Antoine Émaz, né à Paris en 1955, a mené sa carrière de professeur de français à Angers au lycée Bergson.

Son œuvre poétique abondante, marquée par la concision et la précision d’un style en quête perpétuelle du dépouillement, commence à paraître en 1983. Elle est en grande partie rassemblée en recueils publiés entre autres aux éditions Tarabuste, du Seuil et Points Poésie. Elle se double de notes sur la poésie et d’une œuvre critique importante consacrée à ses maîtres André du Bouchet, Pierre Reverdy et Eugène Guillevic, ainsi qu’à de nombreux poètes contemporains.

 

Reconnu par la critique et ses pairs, Antoine Émaz a reçu le Prix international de poésie francophone Yvan-Goll en 2002 avant de présider de 2009 à 2013 la commission « poésie » du Centre national du livre. Plus d’une cinquantaine d’études, colloques, thèses, ou dossiers de revues littéraires lui ont déjà été consacrées.

 

Antoine Émaz laisse un autoportrait saisissant de justesse dans Autoportrait en végétal, accompagné d’une photographie de Thémis Souchière-Vinay, Gigondas : Atelier des Grames, 2009 (exemplaire 2/45 : Angers, bibliothèque municipale, Rés. A31893).

 

Dès 1986, il avait commencé à faire dialoguer ses poèmes avec les peintres, les plasticiens et les photographes. Plus d’une soixantaine de livres de bibliophilie très divers dans leurs formes sont nés de ces échanges. Quelques exemples de livres avec Pierre Emptaz, Matthew Thyson ou Anik Vinay évoquent la multiplicité formelle de ces réalisations à quatre mains.

    

À gauche : Ciel bleu ciel, reliure de moquette, peintures et découpages du peintre et verrier Matthew Thyson, Crest : Imprints, 1998 (exemplaire 4/25 : Angers, bibliothèque municipale, Rés. C19912). À droite : Petite suite froide / Ice suite, mise en livre avec un lutrin de bronze noir par Anik Vinay, Gigondas : Atelier des Grames, 2005 (exemplaire 38/55 avec lutrin de bronze noir : Angers, bibliothèque municipale, Rés. A31898).

 

La bibliothèque municipale d’Angers était en relation régulière avec lui. Une part de son fonds, celle imprimée, est déjà consultable à partir du catalogue général de la bibliothèque en faisant une recherche par « titre » à « Fonds Antoine Émaz ». Antoine Émaz nous a largement aidé à nous procurer plusieurs de ses livres d’artistes et certaines éditions parues en brochures, en plaquettes éphémères ou à très petit tirage, parfois épuisées. Une moitié de ses livres construits dans un dialogue avec des artistes sont présents dans nos fonds, mais la bibliothèque aspire à rassembler l’ensemble de cette facette de son œuvre.

 

En 2018, il signait une convention de donation d’une sélection de ses carnets de notes (37 volumes), de tous ses brouillons (1,5 mètre linéaire) et de sa correspondance littéraire (4 mètres linéaires). Ces pièces sont entrées à la bibliothèque à l’automne dernier. Elles sont en cours de catalogage. Leur consultation et leur édition sont soumises à condition. Antoine Émaz épurait longuement ses textes ; il les « délavait », comme il disait, pour les mener au point de concision qui faisait leur force, où le poète s’effaçait derrière les mots. Pas moins de cinq ou six états et de longues phases de repos du texte séparent souvent le premier jet dans les carnets de notes et la publication. Cette dernière pouvait parfois être reprise et donner lieu à de nouveaux états. Les archives d’Antoine Émaz ne devront donc pas être appréhender comme un réservoir d’inédits ; des poèmes inaboutis y figurent certes, qui n’ont jamais vu le jour. À la demande du poète et dans l'esprit de son travail, ses archives sont le formidable creuset d’études sur la genèse de l’œuvre poétique : elles permettront d’apprécier plus encore le travail du poète et la puissance de son style.

 

Les aquatintes « délavées » de Marie Alloy font un subtil écho au poème d’Antoine Émaz, Voix basse, Sandillon : Le Silence qui roule, mai 1995 (exemplaire d’artiste outre le tirage à 20 exemplaires : Angers, bibliothèque municipale, Rés. C19910).

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